
Il n'est pas rare que le dirigeant d'une société délègue une partie de ses pouvoirs à un collaborateur, ce qui lui permet de se décharger d'une partie de ses fonctions et d'alléger ainsi son agenda. En outre, une délégation de pouvoirs a pour effet de le dégager de sa responsabilité pénale en cas d'infraction commise dans le cadre des pouvoirs qui ont été délégués, seul le salarié délégataire étant alors exposé aux poursuites judiciaires. Mais attention, encore faut-il que ce salarié soit doté de l'autorité, de la compétence et des moyens nécessaires pour accomplir la mission qui lui est confiée. À défaut, la délégation de pouvoirs serait inefficace.
C'est ce qu'il est arrivé dans l'affaire suivante. Après le décès d'un salarié d'une société, mortellement blessé par une foreuse utilisée sur le chantier où il intervenait, la directrice générale avait été poursuivie devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire en raison d'infractions commises à la réglementation sur la sécurité des travailleurs. Titulaire d'une délégation de pouvoirs en matière de sécurité et de santé au travail, cette dernière avait alors fait valoir qu'elle avait elle-même subdélégué ce pouvoir à un salarié de la société. Et qu'ainsi, elle était exonérée de sa responsabilité pénale.
Mais après avoir constaté que ce salarié était dépourvu de la compétence, de l'autonomie, de l'autorité et des moyens nécessaires à l'accomplissement de sa mission et que la directrice générale avait, en réalité, conservé son pouvoir de direction, les juges ont considéré que la subdélégation de pouvoirs qu'elle lui avait consentie était ineffective et ne lui permettait donc pas de s'exonérer de sa responsabilité pénale.